Madame Canivet et Auguste Hériot : des vignobles aux grands magasins

Philippe et Béatrice Latour-Canivet (Lignée 048) ont consulté Bernard Pharisien, éminent spécialiste de Renoir (peintre) et d’Auguste Hériot (1826-1879) (créateur des grands magasins du Louvre en 1855). Monsieur Pharisien avait découvert la mention d’une certaine Madame Canivet lors de ses recherches (1). Ces cousins ont partagé ces informations avec nous.

«  Madame Canivet  est signalée dans ce que l’on appelle les « Notes Beauchamp » (2). C’est un document conservé aux archives nationales qui est annexé au manuscrit du roman de Zola,  Au Bonheur des Dames (1883). Beauchamp était un cadre des Grands Magasins du Louvre (3) qui s’est confié à Zola et lui a fourni ainsi de précieux éléments et  documents sur le personnel, la direction, le fonctionnement de l’établissement. Zola s’en servira dans la description de ses personnages. Dans les éditions récentes du roman, il y a maintenant des notes de bas de pages qui font référence aux informations fournies par Beauchamp ».

Voici la transcription de la note Beauchamp qui concerne Madame Canivet: « …Hériot vivait maritalement avec la première de la confection, Madame Canivet (qui) logeait en face du magasin. Il allait y déjeuner. En outre, il avait mis une petite de la confection dans un meublé, un hôtel, boulevard Haussmann, en avait eu un enfant, mort en 71, et avait fini par lui laisser vait même prêté de l’argent… »

Dans les archives du notaire d’Auguste Hériot, Bernard Pharisien a retrouvé des testaments olographes qui sont datés du 01/02/1876 (4) dans lequel il laisse 15.000 francs de rente à Mademoiselle Canivet et à Joséphine Lange. Ce qui correspondait à de belles sommes en 1876. Un des documents du notaire qui entérine les legs,  rédigé après la mort d’Auguste,  précise que Louise Canivet est  » l’ancienne directrice du comptoir des confections aux grand magasins du Louvre  » et qu’elle demeure à Choisy-le-Roi, 24 rue de Vitry. Ce document a permis de retrouver la trace de cette Madame Canivet. 

Louise Isabelle Canivet est décédée à Choisy-le-Roi le 12 septembre 1890 à une autre adresse,  32 avenue de Paris. Elle avait alors 61 ans. Elle est mentionnée  » célibataire ». On peut imaginer qu’une fois titulaire de la rente offerte par Hériot, elle avait déménagé dans un appartement plus confortable que celui qu’elle occupait au moment de sa mort en 1879. Les recensements de Choisy-de-Roi (5) indiquent qu’elle y vivait déjà en 1886 avec sa sœur Zoé âgée de 71 ans et deux  domestiques, mais pas encore en 1881.

Elle était née à Antony (92)  le 18 juillet 1829 ; son père, aubergiste, avait 46 ans. Sa mère, née Isabelle Loin, avait alors 37 ans. Louise est la petite dernière de 3 filles. Ses sœurs Zoé et Victoire, ses ainées de 14 et 12 ans, s’étaient mariées et avaient quitté la maison avant les 10 ans de Louise. Leur mère meurt jeune, en 1840. Pierre Michel retourne dès 1841 s’installer dans son village natal, à Morigny-Champigny avec sa cadette Louise Isabelle. Celle-ci quittera la maison avant 1846 (6) pour tenter sa chance à Paris. On connaît la suite.

M Sébastien CANIVET (071) et Marie CANIVET (171) en1706

Dans la Grande Famille Canivet,  ils font partie la lignée 061/171 (7) visible sur Geneanet.

Leurs ancêtres, installés au moins depuis le milieu du 17e à Morigny (8) dans l’Essone, étaient pour la plupart vignerons – tout comme ceux d’Auguste Hériot, originaire quant à lui d’Essoyes en Champagne (9).


1.       D’après les recherches de Monsieur Bernard Pharisien, éminent spécialiste des Renoir (peintre) et Hériot (créateur des grands magasins du Louvre). Nous le remercions de nous avoir autorisé à y faire référence.

2.        « Note Beauchamp » BNF, Manuscrits, NAF 10278, f206.

3.       Les Grands Magasins du Louvre étaient situés Place du Palais Royal à Paris. Ils ont été fermés en 1974. Le bâtiment existe toujours et est occupé par le Louvre des Antiquaires.

4.       La date figure sur le document qui concerne Joséphine Lange. En réalité il y a quatre petits papiers : un concernant Madame Canivet, un pour Joséphine Lange et deux concernant des hommes, des proches d’Hériot. Auguste avait remis à l’un de ces deux hommes les quatre papiers et lui avait demandé de les remettre au notaire au lendemain de sa mort… ce que l’ami a fait. Le notaire les a enregistrés comme des testaments olographes. Ensuite il a convoqué les héritiers, à savoir sa mère [qui vivait encore] et son frère [Olympe Hériot.] Ils avaient la possibilité légale de contester mais ils n’ont fait aucune difficulté. Ce qu’Auguste Hériot léguait à ces 4 personnes était une goutte d’eau dans l’héritage.

5.       AD 94 recensement de Choisy-le-Roi 1886 numérisé – vue 38/257.

6.       Recensement de Morigny-Champigny, AD numérisées. 1841, vue 40/42- 1846, vue 6/37.

7.       Les deux lignées sont issues de Morigny. Elles sont unifiées par le mariage (photo), en 1706, à la paroisse de St-Germain-lès-Etampes (Morigny –Champigny 91) de Sébastien Canivet (L 061) et Marie Canivet (L 171).

8.       La paroisse de Morigny et celle de Champigny ont été liées en 1789 pour créer la commune de Morigny-Champigny.

9.       En savoir plus : Le livre de Bernard Pharisien, historien d’Essoyes et de la famille Hériot: « L’exceptionnelle famille Hériot » – Editions Némont, 2001.

2 Responses to Madame Canivet et Auguste Hériot : des vignobles aux grands magasins
  1. Petite ironie de l’histoire supplémentaire :
    La rue de Vitry, où habite Louise en 1876, a depuis été rebaptisée rue Emile Zola

  2. J’avais moi-même un peu travaillé le sujet

    Emile Zola avait annoncé Au Bonheur des Dames dès 1880 mais il mettra deux ans avant de concrétiser son roman.
    Le manuscrit d’Au Bonheur des Dames est sur Gallica
    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10500006q/f8.image.r=%22au%20bonheur%20des%20dames%22
    Zola y indique au verso du f. 1 : « Commencé le dimanche de Pentecôte, 28 mai 1882. Fini le jeudi 25 janvier 1883 ».
    Le roman est publié au fur et à mesure dans le Gil Blas

    ***

    Un autre roman contemporain d’Au Bonheur des Dames (et même légèrement antérieur) décrit lui aussi l’univers tout nouveau des grands magasins, avec un président et un directeur de la confection plutôt « chauds lapins ».

    Il s’agit de Constance Giraudel, roman de Charles CANIVET (1839-1911), publié en feuilleton dans le quotidien La Presse de février à mai 1879 (disponible sur Gallica) puis édité en 1880

    Reste à savoir si le cousin Charles s’est lui aussi inspiré précisément des Grands Magasins du Louvre voire d’Hériot et de la Dame Canivet….

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