Challenge AZ – D comme Docteur

Le casque « gaulois » du Docteur CANIVET

En 1832,  dans un champ de labour, à quelques pas de l’allée du château d’Ailly  (Calvados), furent découverts neufs casques antiques. Le mieux conservé d’entre eux fut remis au Docteur CANIVET, médecin à Falaise.

Un premier article publié dans la Revue archéologique en 1866 précise qu’il s’agissait probablement du casque d’un chef car il est doré à l’extérieur, comme à l’intérieur. [1] Un second article, publié dans la revue d’art chrétien en 1868, nous en donne une large description ainsi que la reproduction.[2] A priori, il s’agit du casque de droite, celui de gauche correspondant davantage au casque n°6.Musée de Falaise_source Bnf

L’archéologie n’en étant qu’à ses balbutiements, on hésita pendant plusieurs décennies entre une origine gauloise ou viking. Un article de 1911 affine l’étude.[3] De nos jours, on les fait même remonter à l’âge de bronze, avant même les invasions celtes, vers 1100-900 avant J.-C, en les rapprochant d’une famille de casques utilisés en Europe centrale et en Italie au IXe siècle av J.-C.[4] Ça nous porte deux mille ans avant les premières estimations et nous rappelle que nos ancêtres sont sortis de l’âge des cavernes bien avant que les Romains ne nous apportent leur Civilisation.

 

Qu’est devenu le casque ?

A la mort du Docteur CANIVET, le 5 septembre 1865 (une note en bas du premier article précité précise qu’il est décédé entre la rédaction de l’article et sa publication), le casque fut remis au musée de la Ville de Falaise. Ce Musée ayant subi de grands dommages durant la seconde guerre mondiale, particulièrement pendant les bombardements de l’été 1944 (poche de Falaise), les casques appartenant au lot ont été transférés à la Bibliothèque de la ville.[5] Ils sont actuellement visibles au Musée de Normandie (château de Caen). [6]

 

Restait encore à savoir qui est ce Docteur CANIVET, détenteur du casque pendant quelques décennies. Malheureusement, les ouvrages qui relataient les faits ne donnaient jamais son prénom. Le fait que le site des Archives du Calvados est toujours payant retardait la recherche mais, avant même d’avoir trouvé son acte de décès[7], j’étais convaincu qu’il s’agissait du frère d’un de mes ancêtres.

Le Service Historique de l’Armée de Terre, consultable à Vincennes, nous donnait le parcours militaire de mon « grand-oncle », et m’orientait déjà vers le milieu médical :

« CANIVET Louis Marie Auguste né le 18.8.1795 (1er de fructidor) à Fontenay le Pesnel (Calvados).

Chirurgien. Dossier 149. A demeuré 79 rue St. Jacques à Paris.

Père, Jean Louis CANIVET, mère Marie Anne JEANNE. Profession des parents: aubergistes.

– Chirurgien sous-aide de 3è classe aux Hôpitaux du Grand Duché de Berg du 3 octobre 1813 au 31  mai 1814.

– Licencié  par mesure générale le 1er juin 1814. »

Le site du mémorial de Sainte-Hélène[8], qui tente de recenser tous les soldats napoléoniens, précise même qu’il résidait à Falaise (sans dire d’où il tirait cette indication).

Si on considère qu’il est très probablement le LMA CANIVET auteur d’une thèse sur la douleur en 1819 [9], on peut envisager qu’il a entrepris des études de médecine une fois dégagé de ses obligations militaires, avant de revenir exercer dans sa région natale.

En 1833, il est membre du conseil municipal et de la commission sanitaire de Falaise [10] On le retrouve dans diverses activités, comme la Société Linéenne. Il est encore vivant le 14 juillet 1864, puisqu’il assiste à l’exposition organisée par la chambre de commerce de Falaise [11]

Il ne restait donc plus qu’à retrouver son acte de décès pour s’assurer que toutes ces sources visaient un seul et même individu, ce « grand-oncle » qui me relie directement à la protohistoire.

Auteur : C. Canivet (Lignée 026)

[1]Revue Archéologique (1866) article de Léon Fallue p 260 et suivantes

[2]Revue de l’art chrétien, Volumes 11 à 12, article de Ch. de Linas (1868) p 445 et suivantes.

[3]Bulletin de la Société préhistorique de France, Les Casques de Bernières d’Ailly , L. Coutil  (1911)

[4]Site du Musée de Normandie à Caen

[5]Joconde : Portail des collections des musées de France

[6]Site du château d’Ailly

[7]acte 167 du 06/09/1865 Falaise (14). Archives du Calvados.Un grand merci à la GRANDE FAMILLE CANIVET et plus particulièrement à Patricia.

[8]Site du Mémorial de Sainte-Hélène

[9]  The collected works of Sir Humphry Davy (1839-40)

[10] Annuaire du département du Calvados pour l’année 1833

[11]Annuaires des cinq départements de l’ancienne Normandie, Volume 31 (1865)

One Response to Challenge AZ – D comme Docteur
  1. Comme je n’ai pas la science infuse, je suis victime des imprécisions de mes sources.
    Je viens de trouver le n° du 29/12/1830 du Journal de Falaise (disponible sur le site des AD du Calvados) qui relate la découverte des casques, non pas en 1832 mais en 1830.
    Autre erreur qui n’en est pas une : les casques ont été découverts sur la commune de Sainte-Anne-d’Entremont, « mégapole » de 53 habitants rattachée à Ailly en 1831, Ailly fusionnant avec Bernières-sur-Dives en 1858 pour former la commune de Bernières d’Ailly. D’où le fait que les études postérieures parlent des casques de Bernières d’Ailly

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