« Attention, voilà Madame Canivet ! »

Un étrange coutume des Grands Magasins au 19ème siècle !

Paul JARRY (1879-1948) – En marge du vieux Paris, les magasins de nouveautés: Histoire rétrospective (1948)

On conte qu’un commis, avec l’assentiment de son chef de rayon, résolut un jour de débarrasser le magasin d’une de ces belles « nonchalantes » qui attendaient la fermeture pour se faire montrer tout un choix d’étoffes, sans jamais rien acheter. Il avait remarqué que la dame était toujours accompagnée d’une petite chienne qu’elle comblait de caresses. Il entassa sur le bord du comptoir, mais en équilibre instable, les pièces d’étoffes dont il déroulait successivement les premiers mètres, vantant de son air le plus aimable la qualité et la souplesse. Un léger coup de coude et la pile s’effondrait à côté du roquet qui jappa de frayeur. La dame courroucée se leva, emportant dans ses bras la « fifille à sa mémère »… et ne revint pas ! 

Cette sorte de cliente avait un nom. Paul Avenel écrivait en 1866 : « On appelle aüs une femme qui ennuie les employés. Elle vient au magasin sans trop savoir pourquoi ; par simple curiosité souvent. Elle fait déplier vingt pièces de flanelle, d’indienne, de soierie et finit par acheter trente centimètres de lustrine ». On désignait cette cliente indésirable sous le nom de Madame Canivet dans d’autres magasins on l’appelait : Madame Vésinet ou Madame Camusot. Lorsque quelqu’un des commis disait : « Attention, voici madame Canivet ! » cette phrase annonçait une femme que l’on savait tatillonne, énervante et rasante. 

Mais il arrivait que le commis, plein d’humour, se servait du nom de passe pour aider à sa vente. « Madame, disait-il imperturbable, je suis étonné que cette étoffe ne vous convienne pas. Hier, Madame la Marquise de Canivet nous a acheté tout une pièce de cette même étoffe, et cette grande dame nous a fait dire ce matin qu’elle était enchantée de son acquisition »

Repéré pour vous par Christophe Canivet de la lignée 026

23
Mai
posted in: News by

Log in to post a comment.