CANIVET : Des individus à l’humour acerbe, aux propos acides, au caractère entier et tranchant, ont toutes les chances d’être vus désigner ainsi, par des noms d’objets familiers de l’époque.Des Canivet, nom du petit couteau, d’où notre canif. (1)La liste des patronymes tirés des métiers est inépuisable. Chaque métier, pour ainsi dire, a fourni le sien. CANIVENC ou CANIVET, fabricant de canifs. (2)On disait proverbialement : Ceux du canivet, les poursuivans du canivet, pour écrivains, gens de plume. Henry Etienne, écrivain protestant, appelle Saint Canivet, celui dont un juif perça une sainte hostie à Paris, et dont il dit qu'on en a fait une relique dans une des églises de cette ville. (3)Les noms de famille ne se sont formés qu'à partir du XIIIè siècle.Il faut surtout apprendre au public à raisonner et, en l'instruisant avec des certitudes historiques, faire appel à son bon sens. Comment par exemple, les noms de famille qui ne sont tirés de noms de lieu pourraient-ils s'expliquer par le gaulois, alors qu'ils ont été formés à la fin du moyen âge et que le gaulois a cessé d'être parlé au début de l'époque mérovingienne ?Rappelons pour ceux qui l'ignore encore, que le christianisme avait détruit en Gaulle (et ailleurs) les noms de famille et gentilice romains, qui avaient supplantés eux-mêmes les noms gaulois.Pendant l'époque franque et le début de l'époque capétienne il n'y a plus de noms de famille, mais seulement des noms de baptême : nom individuel, qui change (presque toujours) d'une génération à l'autre, et qui, peu à peu, s'accompagne d'un surnom.C'est seulement à partir du XIIIè siècle (du XIIè dans quelques villes comme Arras) que le nom de baptême (souvent sous une forme altérée) le nom de métier ou le surnom (nom de la terre, nom relatif à une particularité de la maison, sobriquet) tendent à devenir héréditaires. Nom de baptême donné de père en fils, profession héréditaire, surnom qui passe aux descendants.Ainsi se sont formés nos noms de famille. Stabilisés vers le XVè siècle, ils se sont fixés avec l'organisation des registres d'états civils (tenus par les curés jusqu'à la révolution), que François 1er rendit obligatoires (article 51 de l'ordonnance de Villers-Cotterêts 1539); l'état civil des protestants fut légalement tenu par les pasteurs, tant que fut en vigueur l'édit de Nantes (1598-1685). Quand aux israélites, l'obligation de l'état civil fut imposé seulement par le décret du 20 juillet 1808, qui leur enjoignait de prendre un nom de famille dans les six mois.Depuis la fin du moyen âge, nos noms de famille se sont enrichis par des apports étrangers (noms des immigrés), et par les noms donnés aux enfants trouvés et aux enfants naturels non reconnus.CANIVET, normandie etc ...De CANIVET et Knivet, les Anglais en ont formé Knife. Petit couteau qui faisait aussi office de canif quand il se trouvait dans l'écritoire. Il figure avec les plumes, le parchemin et l'encre dans toutes les fournitures livrées aux écrivains. Jean de Garlande semble désigner un canif dont la lame glisse au moyen d'une coulisse, et cependant ni les monuments conservés ni les textes contemporains ne présentent cette forme.1250 - Encre et papier et escriptoire. Canivet et penne taillie. (Le buisson de Jonèce).1380 - Un coutel et un canivet en une gaine à manche d'or, où il est escrit Karolus et ontchacun une perle au bout et sont les forcettes d'or. (Inventaire de Charles V).--- - Deux couteaux et un canivet et les forcettes d'or à manche d'ybenus rond et ont les virolles rondes, esmaillées de France à un annelet au bout.--- - Ung tissu de soye ardant, garny de boucle, mordant et huit ferrures d'or et y pend ung coutel, unes forcettes et ung canivet garny d'or.1400 - Jacobus habebat unum parvum artanum, Gallice canivet.(Lettres de rémission). (5)CANIVET (kà-ni-vé). Dérivé du nordique knifr.- Vielli. Canif. Les muses regagneront leurs stylets et leurs canivets, Chapelain, Lett. II, 34. (6)Canivet (Normandie, Picardie), var. Canivez (Nord), Canevet: Canivel, petit couteau, ancien franc. chenivet, quenivet ancien franc. Knif, couteau; var. Méridionale ou picarde Canipel, Canipeau, Canipet, -pé, -pez, surnom de fabricant de couteaux .CANIVET : l'endroit où il pousse du chanvre, du latin cannabis, chanvre, suivi du suffixe latin de présence - etus. (8)Le terme nemet du vieux breton a évolué en nevet par lénition interne. Comme tel, il nomme une forêt (la forêt du Névet) non loin de Quimper. C’est là que la légende de la ville d’Ys place la rencontre du roi Grallon avec l’ermite Corentin dont il fera le premier évêque de Quimper. En composition, on le relève uniquement dans le nom Canevet(Canemet, 909, cartulaire de Redon, charte 277 ; Cadnemed, vers 1058-64, cartulaire de Quimperlé, charte 45; Kadnemet, vers 1066-81, id., charte 13; Kadnemed, vers 1085-87, id., charte 108; Kadneuued, vers 1114-31, id., charte 68; Kanevet, 1086, cartulaire de Redon; Caneued, 1249; Cadneved, 1250, cartulaire de Quimper, charte 93; Canevet, 1275; Kasneved, 1321, id., charte 191; Cazneved, 1333; Caznevet, 1441, Pluguffan; 1578, Beuzec-Cap-Sizun). Comme ancien nom de baptême, on le relève encore dans la charte 8 du cartulaire de Quimper relative à Trégunc: 'Caznezvedus dictus Sainthourchan', et dans un acte du registre d’Ergué-Armel daté de 1607. Il entre, par ailleurs, en composition dans les lieux-dits Kercanévet, Kerganévet. Le premier élément du nom est le vieux breton cat, cad 'combat '; le sens probable serait 'vénéré, sacré au combat'. Ce nom présente trois variantes: Cannévet par redoublement du -n-, Canivet (déjà attesté en 865 sous la forme non lénifiée Canimet, cartulaire de Redon Canivet, 1635, Quimper) que l’on retrouve en composition dans Kerganivet, et Quénivet. Kerganévet (Kerganevet, 1628, Quimper) et sa variante Kerganivet ont pour composant le nom Canévet ou sa variante Canivet (cf. ces noms) . Le premier attesté à Plonévez-du-Faou (Finistère), semble provenir du village de Kerganévet en la même commune, Kerganivet en 1695; le second, relevé à Esquibien (Finistère),peut trouver son origine à Pluguffan (Finistère) ou à Tréméoc (Finistère) (9)La Normandie est particulièrement riche en toponymes bretons. Il y aurait là aussi un sujet de recherches. Villers-Canivet et Saint-Pierre-Canivet dans le Calvados, Quenivetum en 1150, Kenivet en 1195 peuvent contenir I'anthroponyme vieux-breton /cadnimhet/, écrit Catnimet, breton moderne Canevet. L'évolution de i bref en e ne s'étant pas produite, c'est un nom antérieur au 10è siècle. Certaines formes (comme Kenivet) montrent l'affection de a en e sous l'influence du i.Pourquoi s'étonner de rencontrer tant de traces des Bretons en Normandie ? Jusque vers 550, ce sont eux qui occupaient la côte en face. Pourquoi, en la quittant, auraient-ils évité les rivages si proches qui s'étendaient juste au sud de leur île? (10)Si le nom de «Villers» ne laisse guère d’interprétations différentes (demeure, habitation, villa des champs.) comme pour Villiers, il n’en est pas de même pour Canivet.«Canive» a pu, dans le principe, indiquer la blancheur du sol, ce calcaire, cette «cana tellus», qui devait paraître si remarquable aux habitants du Bocage qui descendaient par ce point dans la plaine. (...) Canivet serait ainsi la contrée du sol blanc, du calcaire, par opposition avec la terre noire et rouge des rochers et de l’argile que l’on trouve partout au-delà, vers le sud-ouest, jusqu’aux rivages des deux mers. D’après Du Cange - cité d’une autre version dans le document émanant de la préfecture du Calvados - Canniveturn s’employait aussi dans le Moyen-Age pour Cannaba, qui veut dire «chanvre». Ç’aurait été par conséquent le «Villers-au-Chanvre» comme on dit ailleurs le Villers-au-Bocage ou Villers Bocage. On peut choisir entre ces deux étymologies. (11)En 1630, les Provençaux, s'opposant à l'institution des 'élus de finances' chargés de répartir et de lever l'impôt, prirent pour signe de ralliement un grelot, en provençal 'cascaveou' qu'ils agitaient en criant: .. Fuoro elus (dehors les élus). Inversement, en 1631, un parti de l'obéissance, dirigé par certains membres du parlement, voyait le jour au moment même où la Fronde déchirait le pays. Les 'Canivets', (canifs taille-plumes) s'opposèrent aux partisans du 'sabre' prompts à la révolte contre l'autorité royale. L'histoire de la Provence était maintenant à l'heure de celle de la France. (12)La présence des 'CANIVET' dans tout le midi de la France, et une explication moins romancée de leur origine.Voyons plutôt ce que serait l'histoire des Canivet, Ganivet, Ganibelle, Canibeto. . .Le mot ganif vient de Gnyf, dans la langue des Cimbres. Les Cimbres et les Teutons envahirent la Gaule au IIè siècle avant J.-C. Ils battirent plusieurs armées romaines et pillèrent l'Espagne. Au retour, ils furent taillés en pièces, par le général Caius Marius à Aix-en-Provence, puis Verceil en Piémont vers 101 av. J.-C.Gnyf dans la langue des Cimbres, est devenu Kniff en Angleterre, Ganif en Gaule, puis canif et canivet ou ganivet.CANIVET : ka-ni-vé, s.m. Perroquet des Antilles. (15)CANIVET: Très beau et grand perroquet d'Amérique, synonyme de canide.Canide: Grand perroquet bleu des Antilles, que l'on nomme CANIVET et aussi ara, canidos ou canide gouve. (16)Bien sûr la signification première de ce vocable demeure le petit couteau, ancêtre du canif, servant à tailler les plumes à écrire et se vendant sur les foires sous le nom de taille plume de Bayonne comme le rapporte Nicolos de Nicolay dans un ouvrage de 1573... Mais, dès le 14è siècle, les travaux d'aiguille des nonnes et dames de qualité, les ouvrages des brodeurs, dentellières et miniaturistes portaient l'appellation de canivets et surtout, du 16è au 19è, les oeuvres des découpeurs d'images en vélin ou papier exécutées sur planches à l'aide d'un canivet et d'un petit maillet; mais ce seul outil ne devait pas suffire à obtenir ces ouvrages d'une incomparable finesse.L'un des plus beaux exemples se trouve précisément dans la région du siège de l'association des Canivet de Belgique, il s'agit du « Liber Passionis » du seizième de la bibliothèque des Princes de Ligne au château de Beloeil-en-Hainaut. Cette oeuvre fut décrite dans un article de janvier 1964 en la revue des Vieux Papiers et d'autres recherches sur les canivets découpés ont paru dans les numéros d'octobre 1947 à janvier 48 puis encore en janvier 58 et décembre 63 de la même publication.Il existe également une monographie sur la collection de découpages ayant appartenu à M. Magnien parue vers 1970 chez Lescuyer Fils, imprimeur à Lyon.Toutes ces publications devraient pouvoir être consultées à la bibliothèque spécialisée Forney de Paris. Voilà, sans doute, une nouvelle branche à greffer sur l'arbre déjà bien fourni des familles Canivet ! (17)CANIVÉTISTES.'... Afin de satisfaire votre curiosité, je vous dirai que mon goût pour la collection des images pieuses a été déclenché par un article lu sur une revue. J'y apprenais que cette passion se nommait 'canivétiste'. En effet les 'canivets' (mot ayant pour racine canif), étaient des images décorées de dentelles découpées au 'canif', par des religieuses, d'où le nom de 'canivets'. Les collectionneurs sont ainsi des canivétistes...'. (18)